Les bourreaux meurent aussi (4) : pour un cinéma antifasciste des temps modernes

Qu’est-ce que devrait être un film antifasciste aujourd’hui ?

Au vu de notre introduction, c’est quelque chose que nous aimerions aborder en guise d’ouverture. Si nous partons de ce que nous constatons, il parait invraisemblable de ne pas devoir conscientiser contre cette menace pour la communauté humaine que représente le fascisme. Mais comment le faire ? Tenter de conscientiser est une chose, mais encore il faut s’y prendre correctement et en sachant ce que l’on veut. Pouvons-nous dire qu’il s’agit du même antifascisme lorsque certains appellent à voter un candidat ultralibéral sous prétexte de faire barrage à tel autre, tout en soutenant les mesures les plus économiquement injustes, la destruction de nos services publics symbole du vivre ensemble et en applaudissant à chaque guerre impérialiste, et ceux qui font exactement l’inverse ? Un peu d’honnêteté intellectuelle fera répondre un grand NON à ce rapprochement contre-nature, qui risque de plus de pousser les plus déshérités du côté de l’extrême-droite aimant jouer sur une fausse apparence de proximité avec le peuple.

Mais venons-en à nos perspectives. C’est presque un cliché, mais un cinéma antifasciste doit dénoncer les persécutions des minorités, que ce soit religieuse, sexuelle ou en raison de la couleur de peau. Ce n’est toutefois pas suffisant car en faisant cela on reste, certes de manière juste, sur le terrain de la morale en disant que tel comportement est mal ou non, ce qui fait rarement avancer les choses. Il faut aussi dénoncer les racines économiques du fascisme. Qui se souvient par exemple que c’est le régime de Pinochet qui a en premier appliqué les mesures néolibérales reprises ensuite par Thatcher et Reagan ? Il faut parler dans un même élan de la baisse tendancielle du taux de profit[1] qui pousse les capitalistes au gouvernement politique qui leur sera le plus favorable pour garder leur profit, y compris si cela passe par la répression fasciste[2].

Ensuite, au regard des racines économiques du fascisme, un cinéma antifasciste ne pourra se passer d’une dénonciation en règle de la mainmise des moyens de communication par les milliardaires, ainsi que de la production cinématographique, qui permet aux riches de maintenir leur hégémonie culturelle dans les masses et de faire passer les candidats les plus réactionnaires, à l’instar de ce que fait Vincent Bolloré avec Eric Zemmour. Le documentaire Les nouveaux chiens de garde de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, sorti en 2012, a fait beaucoup pour ouvrir les yeux sur cette mainmise.

La fascisation s’accompagne partout des visées bellicistes et impérialistes contre certains territoires. Par exemple en Afrique, où l’Etat français et ses grands capitalistes ont des intérêts à défendre et peuvent favoriser les pires dictateurs tant qu’ils font le travail de maintien des intérêts français[3]. C’est aussi le cas des menées contre la Russie et la Chine, le département d’Etat américain visant de plus en plus ces deux pays simplement parce qu’ils tentent de limiter l’influence américaine[4]. Le haut-commandement français ne va pas à l’encontre de cette vindicte et se disant prêt à une guerre de « haute intensité »[5] avec ces pays. Note : cet article a été rédigé avant la semaine du 21 février 2022. Peu importe ce qu’on pense de l’action de la Russie en Ukraine, il y a un simple constat : nous sommes probablement déjà entré dans cette guerre de « haute intensité ».

Etant son corollaire, fascisme et anticommunisme vont de paires. Ce sont principalement les communistes qui ont vaincu le nazisme. Alors comment ne pas dénoncer les amalgames dans les livres d’histoire, à la télé et au cinéma, entre nazisme et communisme, qui va jusqu’à une résolution du Parlement européen en 2019[6]. La notion de totalitarisme a beau être risible[7] et de plus en plus critiqué dans les milieux universitaires anglo-saxons, elle est encore utilisée de nos jours, dés fois de manière ordurière pour nier la résistance des partis communistes dans la résistance à la menace hitlérienne, pour concrètement refouler le mouvement ouvrier aux portes du pouvoir et maintenir la division au plus grand profit de la bourgeoisie régnante.

Le but étant aussi de proposer autre chose que cette perspective glaciale, ce cinéma ne pourrait pas non plus rester dans l’opposition : il faudra aussi construire. Cela passe par la remise au gout du jour de l’organisation collective du peuple et des travailleurs dans l’imaginaire collectif en le déringardisant. C’est notamment ce qui s’est fait dans des mouvements comme les gilets jaunes. En conclusion, construisons dès maintenant car la tâche est difficile et nécessite de s’y mettre rapidement et fermement.


[1] La baisse tendancielle du taux de profit est un phénomène économique par lequel plus le poids des moyens de production est fort dans la production, plus le taux de profit à tendance à diminuer. La productivité peut augmenter mais le profit, ce qui revient dans la poche du capitaliste, baisse. Le capitaliste s’attaque donc au capital variable, les travailleurs, soit en baissant leur salaire, soit en augmentant leurs heures ou encore en faisant un licenciement de masse. Ce qui vient aggraver la baisse du taux de profit car c’est le travail qui est producteur de valeur. Pour aller plus loin, lire Le capital de Marx. Sur la chaîne de l’éditeur Aymeric Monville, une série de vidéo avec l’économiste Antoine Vatan l’explique très bien.

[2] Voir ce que disait Georgi Dimitrov au septième congrès de la Troisième Internationale.

[3] Voir les travaux de l’association Survie, ou la vidéo « Impérialisme : Total et l’Afrique », sur la chaîne des JRCF, 08/07/2019.

[4] Il y aurait beaucoup trop d’articles sur le sujet pour pouvoir les citer. Je vous invite à lire les articles sur le sujet dans le journal Le monde diplomatique.

[5] « Général Burkhard : « Nous devons être prêts à la haute intensité », Le Figaro, 08/10/2020.

[6] « Importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe », résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019.

[7] « Pour une critique de la catégorie de totalitarisme », Domenico Losurdo, Actuel Marx numéro 35, 2004.

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