
Ayant découvert son réalisateur il y a peu, je suis allé voir L’éducation d’Ademoka et Assaut d’Adilkhan Yerzhanov, tous les deux réalisés en 2022.
Né un 7 août 1982, Adilkhan Yerzhanov a été diplômé de l’académie des Arts du Kazakhstan en 2009. Son père était mathématicien puis inspecteur des finances et sa mère professeure de littérature russe. Il fait partie de la « nouvelle Nouvelle Vague » des cinéastes du pays des années 2000. Plus précisément il s’inscrit dans ce qu’on a appelé le Cinéma partisan. En France, il s’est fait connaître pour ses longs métrages The Owners (2014), La tendre indifférence du monde (2018) et A dark dark man (2019).
En ce qui concerne L’éducation d’Ademoka, le film raconte l’histoire d’une jeune immigrée au Kazakhstan douée pour le dessin qui tente de parvenir à étudier avec l’aide d’un professeur de dramaturgie complètement désabusé.
Le film est visiblement tourné en très peu de temps, au vu des scènes improbables comme les examens tous en extérieur (il n’y a d’ailleurs pas une seule scène en intérieur), ce qui indique un délai très court de tournage avec un budget réduit. Ce qui va en adéquation avec le Cinéma partisan dont fait partie Yerzhanov : quasiment aucun budget et un délai court de tournage.
Le scénario y est classique au possible et on y retrouve un certain nombre de lieux communs des comédies dramatiques. Mais on y trouve un côté un peu plus absurde et une vraie naïveté sur le monde qui rend le côté plus touchant et moins antipathique. On remarquera aussi de nombreux plans fixes mais avec toujours un élément se passant pour rendre la scène absurde et drôle à regarder. Finalement, le film est un plaidoyer pour l’imagination dans l’art comme processus créateur.
En ce qui concerne Assaut, l’histoire qui nous est comptée est simple : des terroristes s’installent dans une école et prennent en otage les enfants. L’unité d’assaut ne pouvant arriver avant 2 jours, les villageois décident d’aller délivrer eux-mêmes les enfants.
Comme pour L’éducation d’Ademoka, il y a des exemples d’humour à base d’absurde, notamment avec le simplet Turbo, joué par l’acteur qui interprète le professeur dans Ademoka. Il y a plusieurs scènes que je trouve intéressantes. Dès le début nous savons qu’il va y avoir un assaut (nous avons un décompte des heures avant celui-ci). Donc la question ce n’est pas de savoir s’il va avoir lieu mais de comment il va se dérouler, d’autant plus que les personnages sont des gens simples et qu’ils ne sont tous ni très courageux ni très doués pour se battre. Déjà, le réalisateur fait une chose que j’aime beaucoup, c’est qu’avant la bataille il nous montre leur préparation. On a le droit à la reproduction de l’école, le concours de savoir qui court le plus vite pour maîtriser un terroriste, le repérage des lieux, les discussions pour se déplacer le plus facilement se faire repérer, l’usage d’un sniper, etc. Des choses qu’on ne voit pas souvent dans les films d’action étant donné que les personnages savent déjà se battre et sont de toute façon considérés comme les plus forts.
On remarque un gros hommage à Carpenter. Outre le titre qui fait référence au second long-métrage de ce réalisateur, les terroristes sont typiquement des méchants de Carpenter : ils sont violents, indéfinissables et ne semblent avoir aucune revendication claire à part la destruction. Au début du film, on voit les terroristes masqués entrer tranquillement dans l’école sans que personne ne les arrête. Je pense, mais je peux me tromper, qu’il s’agit d’une métaphore de la barbarie qui rentre peu à peu dans nos vies dans un monde ou l’Etat de droit n’existe pas, où tout le monde voit le désastre arrivé mais peine à l’arrêter.
La métaphore du film ? Basiquement, c’est le rapport citoyen-terroriste qui se calque sur le rapport proie-prédateur. Cependant, il est dit que le jour où le braconnage a été interdit, les loups sont venus dévorer les moutons. Peut être, étant donné que le Kazakhstan est une ancienne république soviétique, le réalisateur veut dire qu’à la fin de l’URSS, la corruption et la violence mafieuse est devenue à ce point endémique, que le peuple s’est transformé en proie mais que ce rapport peut s’inverser. Ce qui n’est pas un argument idéologique, car dans son film The Owners il y fait tenir un propos similaire à un paysan, qui s’émeut de voir la réussite de certains grâce au vol et à la corruption, alors qu’auparavant au temps du socialisme lui pouvait gagner et avoir ce qu’il voulait honnêtement. Un temps qu’il semble regretter.
